Conseil d’administration de l’AFPA – mercredi
21 septembre 2011
Déclaration des représentants du
personnel
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les
Administrateurs,
Le 7 juillet dernier, à
l’occasion de la première réunion du Conseil d’administration, les
représentants du personnel vous interpellaient en observant que « des résultats comptables et financiers en
apparence acceptables ont été acquis au prix d’un affaiblissement des capacités
de l’Association » et d’une « diminution
de l’activité ».
Aujourd’hui, nous constatons que
cette perte de substance dégrade en retour les résultats comptables et
financiers de l’Association.
Une véritable spirale de régression a été enclenchée.
La gouvernance va-t-elle faire le nécessaire pour sortir l’Association de cette
spirale ? Ou va-t-elle persévérer dans une voie où l’affaiblissement des
capacités de l’AFPA et la détérioration de sa performance économique se
relaient et se relancent l’un l’autre ?
Les semaines qui viennent vont
être décisives quant à la réponse qui va être apportée à cette question. Mais
d’ores et déjà, nous voulons faire un certain nombre de remarques sur des
sujets qui suscitent des interrogations certaines et beaucoup d’inquiétudes :
(1) Jusqu’à
ce jour, les responsables de l’AFPA avaient toujours tenu à affirmer qu’ils ne
poursuivaient pas d’autre objectif que le développement
de l’Association. Ces jours-ci, nous avons entendu ces mêmes responsables
parler ouvertement de « réduction de la voilure ».
Aujourd’hui nous lisons qu’une « nouvelle
cible d’effectifs et de masse salariale » doit être fixée pour « renforcer les mesures d’économie ».
Et des orientations budgétaires sont
proposées pour 2012 qui ne peuvent que susciter beaucoup d’inquiétudes. Nous
sommes donc face à un tournant majeur.
(2) Deux
éléments sont invoqués pour justifier ces orientations :
-
la situation financière,
-
et « l’analyse
de l’évolution de la demande des clients et des financements disponibles »
En ce qui
concerne l’évolution de la demande et des financements disponibles, tout
indique que la demande sociale de
formation, d’accompagnement ou de montée en qualification n’a jamais été aussi forte qu’en cette période de crise sociale
aigue.
On peut ne pas
partager notre vision des choses, mais n’est-ce pas aller un peu vite en
besogne que de considérer systématiquement tous les financements et tous les
marchés, publics ou privés, comme promis à la baisse ?
Et les
représentants des quatre grands acteurs de la formation professionnelle en
France, présents dans le Conseil d’orientation, ne sont-ils pas les mieux
placés pour évaluer cette demande comme sa solvabilité ?
(3) En
ce qui concerne la situation économique et financière, il est fait état des
« analyses de la Direction générale ».
Quelles sont ces analyses ? Où en sommes-nous des plans d’action que la direction de l’AFPA devait engager ? Y
a-t-il eu contrôle et évaluation de leur efficacité, par exemple par le Comité
d’audit ? Est-ce qu’ils ont servi à quelque chose ?
Et comment se
fait-il que la présentation au Conseil d’administration des « Comptes à
juin 2011 », diffère à plus d’un titre de celle faite devant le Comité
central d’entreprise il y a tout juste une semaine ?
En
particulier, pourquoi la page 3 du document présenté au CCE a purement et
simplement disparu ? Cette page attirait l’attention sur l’importance
déterminante de deux facteurs dans les difficultés économiques actuelles :
-
En premier lieu,
la diminution entre 2010 et 2011 du
nombre de stagiaires entrés en formation. Ce n’est pas la fatalité qui est
en cause dans cette situation mais une suite de décisions précises : le
départ de l’orientation à Pôle-emploi, décidé par le gouvernement ; puis
le refus de la direction de l’AFPA de reconstruire un dispositif fiable d’accueil
et d’accompagnement et d’engager une coopération efficace avec Pôle-Emploi pour
faire face à la nouvelle situation.
-
En second lieu,
la diminution parallèle, dans la
même période, du « nombre de places offertes » à nos
bénéficiaires. Là non plus, ce n’est pas la fatalité qui est en cause, mais
le non-remplacement du départ de centaines de formateurs entraînant la non-disponibilité
de fait d’une partie significative du dispositif de formation.
Dans les deux
cas, des décisions ont été prises qui ont gravement entravé la capacité pour
l’AFPA de répondre à une demande sociale par ailleurs très forte.
(4) Dans
ces conditions, comment ne pas s’interroger sur l’hypothèse d’un renforcement
des « mesures d’économie ayant eu un
effet en 2011 » ? Quel a été l’effet réel de ces mesures dites
d’économie ?
Le moins qu’on
puisse dire, c’est que deux ans de NRSD (« non remplacement systématique
des départs ») et de restrictions sur les frais de fonctionnement comme
sur les investissements n’ont pas abouti à une amélioration des résultats
financiers et encore moins de la performance sociale et économique de l’AFPA…
(5) En
ce qui concerne 2011, il est demandé à la Direction générale, nous l’avons vu,
de fixer une « nouvelle cible
d’effectifs et de masse salariale ». Est-ce à dire que le non
remplacement va devenir systématique, quelles qu’en soient les effets ? En
conséquence, qu’est-ce qu’on induit comme choix stratégiques ?
Avec
l’hypothèse d’une nouvelle cible on sort du cadrage du plan stratégique : est-ce
que ça signifie un nouveau cadrage ? et comment
le Conseil d’administration peut-il envisager une telle hypothèse alors même
que le Conseil d’orientation n’a pas été en mesure de dire quoi que ce
soit ?
(6) En
ce qui concerne les propositions d’orientations budgétaires pour 2012, quelques
questions :
-
Sur l’évolution
de l’offre de formation. Quelle logique induit la volonté de concentrer
l’offre « région par région » ?
Le seul critère d’évolution du dispositif est aujourd’hui la marge et l’EBE,
sans plus aucune référence à la qualité et à l’utilité sociale : c’est une
façon de condamner l’AFPA à faire toujours moins et moins bien. Par quel
mystère pourra-t-elle dégager des marges dans de telles conditions ?
-
Sur les
implantations de sites. Qu’est-ce qu’on entend par « locaux non nécessaires », en
particulier dans le contexte décrit précédemment ? Est-ce que la T9 est
nécessaire ? Est-ce que les sites de Stains et Berck sont considérés comme
nécessaires ? Ne s’agit-il pas d’un choix en réalité stratégique qui
risque d’avoir des conséquences fatales sur le maillage territorial de l’AFPA
et sur l’égalité d’accès à la formation ?
-
Sur la restauration
et l’hébergement. Là aussi, n’est-on pas en train de sortir subrepticement
de la logique de service public à la personne ? Des solutions
d’externalisation sur des logiques de pure gestion ne vont-elles créer des
disparités territoriales avec des sites privés des services indispensables aux
usagers, et donc fragilisés.
-
Sur les coûts
fixes. Qu’entend-on par « très
sensiblement » ? Que désigne-t-on avec l’emploi de la notion de « coûts fixes » ? Est-on en
train de signifier que tout doit être réduit à des coûts variables ?
-
Sur les
mobilités. Pourquoi précise-t-on « développer
les mobilités », alors qu’un accord GPEECC a été signé ? Comment
va-t-on développer les mobilités ? Ce qui précède sur l’évolution de
l’offre comme sur les implantations de sites, nous conduit à estimer qu’un
grave danger existe : celui de voir l’AFPA pousser des salariés vers la
porte de sortie en multipliant les pressions à leur égard.
(7) Le
Comité d’audit propose donc au Conseil d’administration « d’arrêter des orientations » qui
peuvent avoir de très graves
conséquences sur l’AFPA et sur le personnel. Dès l’année 2012, ces
orientations engagent d’évidence l’avenir à moyen et à long terme, dans une
logique et une approche que nous dénonçons.
Cette logique est incompatible avec l’objet
social de l’AFPA, tel qu’il est défini dans le préambule et
l’article 2 des statuts.
Un tel avis du
Comité d’audit nous laisse donc pour le moins très perplexe. Les statuts mis en
œuvre depuis le 1er juillet ne stipulent-ils pas qu’il appartient au
Conseil d’orientation d’ « élaborer »
les « orientations stratégiques »
(article 5.3.1) et au Conseil d’administration de « définir la politique opérationnelle annuelle de l’AFPA » dans
« le cadre des orientations
stratégiques définies par le Conseil d’orientation » (article
6.3) ?